Abigail Janjic

Abigail Janjic peint, chaussée de basket de course. Mais Abigail danse. Elle enfile son short de jogging, enclenche l’enceinte qui libère aussitôt ses décibels électros ou hip-hop, puisse met en mouvement. Elle virevolte dans son monde bigarré, magnétique, violent, criard, chaud parfois, et parfois glacial. Une vision hallucinée et pourtant très lucide de ce qui vibre au dedans de l’artiste nous est offerte avec CUT STICK LICK PAINT. L’artiste ne peint pas sur toile, mais directement au mur. Elle tisse au mur une toile, un réseau infiniment dense composé d’images glanées sur internet ou scannées de magazines. Elle malaxe ensuite le tout. Faisant passer l’image dans un alambic compliqué d’effets Photoshop, pour l’étirer, la distendre, la dissoudre. L’image est son premier médium. Elle en barbouille allègrement, y plonge les mains sans soucis des conventions. Arguant qu’aujourd’hui, à l’ère d’internet, l’image n’ayant plus de valeur intrinsèque, on peut en faire ce que l’on veut. A partir de cet enchevêtrement en apparence anarchique, mais aussi organisé qu’une nuée d’étourneaux, qu’un banc de poissons fous, l’artiste s’attelle à former des connexions, des interdépendances. Autorise ici une autonomie, là un mélange. Elle recouvre ou révèle par une coulure d’acrylique, un spray, une forme géométrique. Étire un fil tracé à l’huile entre deux constellations lointaines pour y forcer une rencontre. CUT STICK LICK PAINT c’est l’intervention d’Abigail Janjic dans l’espace de l’atelier. Pendant six mois, elle a travaillé sans relâche à composer un avion. En un sens, c’est un travail figuratif, car il représente l’extase ressentie jour après jour par l’artiste devant les possibilités offertes par la peinture. Un travail donc qui s’alimente de lui même ; comme une ampoule qui produirait sa propre électricité, comme un planeur dans le vent. Enfin, puisque, de son propre aveu, ce n’est pas la virtuosité qui compte, mais bien la démarche d’expérimentation, la plasticienne ne se soucie pas de la pérennité de son oeuvre. C’est l’instant de création qui importe et CUT STICK LICK PAINT en est une sorte de grand témoin, mille polaroïds compilés. À l’issue de l’exposition, l’oeuvre se verra arrachée sans autre forme de procès. Mais la trace photographique qui survivra se trouvera sans doute réinjectée dans une prochaine réalisation.

Igor Varidel